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Helen of Troy par Frederick Sandys

23 Jan

Frederick Sandys, "Helen of Troy", 1867, Walker Art Gallery de Liverpool

Fruit des amours de Léda, reine de Sparte, et de Zeus, Hélène est née selon la mythologie grecque, dans un œuf. Ce qui n’est guère commun, mais compréhensible lorsque l’on sait que Zeus pour séduire sa mère, avait pris la forme d’un cygne. Est-ce par son statut de demi-dieu, ou par sa naissance inhabituelle – l’œuf étant un symbole de perfection de la création de la terre – qu’elle est considérée comme l’une des plus belles femmes de Grèce (et donc du monde) ? Hélène a naturellement été l’objet de nombreuses convoitises : ravie par Thésée puis courtisée par les seigneurs du pays, elle est finalement enlevée par Pâris et emmenée à Troie, alors qu’elle est l’épouse du roi Ménélas.
N’est ce pas surprenant de voir la plus belle des femmes représentée en rousse replète à la peau d’albâtre ?
Pas tant que ça si l’on se rappelle que l’enlèvement d’Hélène est à l’origine de la Guerre de Troie… Pour récupérer sa femme, tombée amoureuse de son ravisseur et qui refusait de partir, le roi de Sparte et son armée assiégèrent Troie pendant des années, finissant comme on le sait par pénétrer la ville grâce à la ruse d’Ulysse et son cheval de bois. Cette femme séductrice est ainsi la cause d’un lourd conflit qui engendra de nombreux morts. Cette femme nuit aux hommes, elle est dangereuse, elle ne peut qu’être rousse !
L’association parait certainement évidente pour le public Victorien de l’époque de Frederick Sandys, peintre évoluant dans la mouvance pré-raphaélite. Les rousses sont à la mode auprès de cette vague d’artistes friands de symbolisme et fascinés par la dualité de l’image féminine.
Sandys interprète celle d’Hélène en lui donnant une moue d’enfant boudeuse, au teint glacial. Elle semble observer quelque chose au loin, se tenant sur ses gardes, traversée de pensées pernicieuses. Mieux vaut se tenir à distance de cette femme secrète et inquiétante.
Pourtant sans son expression de visage, elle pourrait par son opulence et sa blancheur dégager un côté bourgeois et moelleux anachronique, qui serait presque rassurant si son regard bleu perçant et sa chevelure épaisse et brûlante ne nous intimaient de nous méfier.
Mis à part son collier, rien ne la lie d’ailleurs à la Grèce antique, elle pourrait tout à fait être le portrait d’une contemporaine de Sandys. L’artiste n’essaierait-il donc pas d’avertir son public sur l’intemporalité de la perfidie de la gent féminine ? A moins que cette toile ne soit qu’un prétexte de plus à représenter une femme intrigante, suscitant désir et fascination chez le spectateur.

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