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Femme à l’orchidée par Edgard Maxence

9 Avr

Femme à l'orchidée, Edgard Maxence, 1900, musée d'Orsay

Ancien élève de Gustave Moreau et portraitiste talentueux, Edgard Maxence est un peintre symboliste et mondain aujourd’hui oublié, dont l’œuvre fut très imprégné de la peinture Pré-Raphaélite.
Cette « Femme à l’orchidée » est une des commandes que lui passa Justin Bardou, le propriétaire de la firme de papier à cigarette Job. Il s’agit ici de sa fille, Jeanne Bardou-Job, qui fut également peinte par George De Feure pour la marque. Les Job étaient de grands mécènes et les nombreuses œuvres qu’ils commandèrent aux artistes jouèrent un rôle important dans la notoriété de l’entreprise, comme en témoigne par exemple cette célèbre publicité de Mucha. Ce portrait de Maxence fut lui aussi exploité par Job sous forme de calendrier en 1901.
Il se dégage de cette peinture beaucoup d’élégance, de raffinement et de distinction. La cigarette n’est pas étrangère à cette impression car elle confère au portrait une certaine supériorité aristocratique, appuyée par le geste délicat de l’autre main relevant un voile transparent.
Une femme qui fume c’est à la fois inconvenant et terriblement séduisant. De ce contraste naît le sentiment d’une liberté revendiquée par une femme émancipée, éduquée et intellectuelle, qui est tout sauf vulgaire. Cette association d’idées a bien été comprise par Job dont les campagnes publicitaires montrent absolument toutes des femmes.
Jeanne Bardou-Job était brune, on le remarque à ses sourcils, mais surtout aux autres portraits qui ont ensuite été faits d’elle. Pourquoi Maxence l’a-t-il peinte en rousse ? J’y vois sans doute un hommage aux Pré-Raphaélites, car ce tableau tout entier semble faire honneur aux œuvres médiévales. L’arrière plan doré rappelle celui des retables byzantins ou des premiers tableaux italiens du Moyen-Age dans lesquels les personnages sacrés se distinguaient du commun des mortels en étant représentés sur un fond couvert de feuilles d’or. La robe fleurie ressemble plus à un costume de théâtre qu’à un vêtement 1900. Elle m’évoque les tentures aux « mille fleurs » tissées avant la Renaissance, et que les anglais des Arts & Crafts avaient remis à l’honneur fin XIXeme en produisant à nouveau des tapisseries ou reprenant ces motifs en papier-peint.
La nature végétale est partout, elle enrobe le modèle jusqu’à les confondre puisque le titre de l’œuvre est la « femme à l’orchidée ».
Le thème de la femme-fleur est un grand classique, notamment du symbolisme dont le principe est d’associer une image à un concept. L’orchidée est en cela très porteuse de sens car cette fleur symbolise la passion, la volupté et le mystère, et incarnerait à elle seule l’amour absolu et la femme idéale ! Est-ce pour cela que Maxence a peint Jeanne en flamboyante rousse en la coiffant d’une orchidée blanche ? Ha, si seulement…
Il a plus certainement choisi cette fleur pour son autre association, celle de l’androgynie. « Orchidée » vient d' »orchis » qui signifie  « testicule » en grec (allusion aux deux tubercules des racines de la plante). Elle représente à la fois la fécondation féminine et le sexe masculin ; elle est une métaphore de l’hermaphrodite, symbole de la réunion des contraires, de l’unité originelle, et selon Jung de la « totalité de l’âme », l’équilibre entre les deux pôles de notre personnalité, anima et animus. C’est aussi ce que suggère cette femme distinguée qui fume ostensiblement comme un homme, mélangeant les genres.
Liberté, impertinence, féminité et passion sont justement ce à quoi les rousses sont associées dans l’inconscient des artistes. Maxence a alors peut-être souhaité ajouter de la cohérence à la signification de son tableau en représentant son modèle en rousse. Ou bien était-ce pour la lumière de la couleur et l’harmonie des tons ? Contrairement à l’énigmatique geste de Jeanne, le voile ne pourra là-dessus jamais être levé…

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