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Luisa Casati par Augustus John

12 Jan

Luisa Casati par Augustus John, 1919, Art Gallery of Ontario, Toronto

Pour inaugurer ce blog au nom explicite, pourquoi ne pas commencer par une touche d’ironie avec le portrait d’une rousse scandaleusement fausse ?
Et pas n’importe laquelle : l’excentrique marquise Luisa Casati, qui avant d’attirer les visiteurs du musée de Toronto, captiva les grands artistes de son temps, devenant l’inspiratrice de Kees van Dongen, Man Ray et même Dali pour ne citer que les plus célèbres.
J’ai l’ai croisée la première fois au détour d’une lecture, la biographie de Peggy Guggenheim par Véronique Chalmet, qui relatait les souvenirs des extravagantes soirées des années folles auxquelles la marquise participait. Elle y est décrite comme une personnalité  fantasque, s’entourant de grands couturiers qu’elle patronnait comme Poiret, faisant sensation avec ses colliers Lalique ou ses serpents autour du cou, vivant au milieu de tigres et de panthères dans son palais vénitien, et déclarant qu’elle voulait que sa vie soit une œuvre d’art. Pour la petite histoire, Cartier a créé sa première bague-panthère en hommage à la Casati, et le fameux palais de Venise fut ensuite racheté par Peggy Guggenheim pour héberger sa collection d’art contemporain (l’actuel musée Guggenheim).
Ce tableau d’Augustus John, portraitiste gallois renommé à l’époque (au point d’être élu à la Royal Academy of Arts), a la particularité de représenter Luisa Casati en rousse flamboyante.
J’ignore si elle s’est réellement teint les cheveux, ou si la couleur lui a été attribuée par le peintre, connu également pour ses propres excentricités. Peu importe car finalement dans les deux cas, le choix de la chevelure rousse est tout à fait pertinent, compte tenu du personnage, objet de fascination et de fantasmes.
On ne voit dans cette peinture que cette tâche rouge feu et ces yeux sombres qui nous fixent d’un air de défi. Le reste du tableau est brossé sommairement, laissant une impression d’inachevé pour mieux mettre en avant le visage, beaucoup plus travaillé.
L’abondance du far à paupières noir et les sourcils bruns de la Casati contrastent de façon presque obscène avec les cheveux roux. Son maquillage outrancier et son air provoquant lui donnent un côté vulgaire, qu’accentue le roux sulfureux. Elle pourrait passer pour une femme de petite vertu, une courtisane arrogante, si son regard hautain, sa pose et son port de tête ne lui conféraient une noblesse et une force laissant le spectateur médusé. Le tableau en devient mystérieux et déroutant, et peut susciter tout, sauf de l’indifférence.

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