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The Golden Hour par Lawrence Alma-Tadema

5 Mar

The Golden Hour, Sir Lawrence Alma-Tadema, 1908, collection privée

Peintre d’origine hollandaise naturalisé britannique, Alma-Tadema est un des ces artistes qui ont contribué à rendre le XIXème siècle si éclectique. A cette époque où les « revival » ont le vent en poupe, c’est l’Antiquité romaine qu’il a choisi de faire revivre. Devenant célèbre avec ses grandes fresques décadentes montrant un Empire idéalisé et peuplé de jeunes patriciennes devant le Colisée ou aux Bains de Caracalla, Alma-Tadema est aussi connu pour ses belles rousses en toge, portant des roses dans leurs cheveux bouclés.
Ici, ni fleurs ni Méditerranée, mais un portrait de femme assez inhabituel au joli nom de « The Golden Hour » soit « L’Heure d’Or ». On y voit une flamboyante rousse de profil admirant une petite statuette en bronze. Cette scène est si anecdotique qu’elle parait être le détail d’un tableau de plus grand format. La femme est coiffée à la mode Victorienne, mais la sculpture fait discrètement référence à l’Antiquité et à l’univers d’Alma-Tadema. On s’interroge sur son sens et sa présence dans le tableau, car que représente-t-il au juste ?
C’est en fait un clin d’œil, qui devait certainement plus parler à ses contemporains, puisque cette figurine n’est pas une antiquité mais une œuvre du peintre Jean-Léon Gérôme, « La joueuse de cerceau ». D’abord conçue dans une sculpture appelée « Tanagra« , Gérôme a décliné cette petite « joueuse » en la vendant seule. En bronze doré ou argenté, ou même en plâtre peint, la statuette fut un succès pour l’artiste qui s’amusa à lui inventer une histoire en la plaçant dans ses propres tableaux, comme dans « La peinture insuffle la vie à la sculpture » ou dans « Le travail du marbre« .
Alma-Tadema rend donc un hommage posthume à celui qui l’avait jadis inspiré, son aîné dans la reconquête d’une Antiquité fantasmée. Le titre de la peinture, qui peut-être interprété avec une certaine nostalgie, fait sans doute allusion à ces temps anciens idylliques, âge d’or qui leur était cher, à lui et à Gérôme. Ou peut-être simplement à l’époque où l’artiste disparu était encore vivant.
Mais « The Golden Hour » est également une subtile dédicace à la chevelure dorée de cette femme esthète. Ce qui capte en premier lieu le regard dans cette toile, ce sont ces cheveux d’un roux éclatant. En les regardant de plus près, on perçoit l’attention que le peintre a porté à la chevelure, la peignant pratiquement cheveu par cheveu, montrant ainsi la richesse de leur teinte et de leurs reflets. Nous avons affaire à un véritable amateur de la rousseur, consacrant une grande partie de la toile à ces épaules dénudées et très blanches, dont le corsage est à peine suggéré. Le visage est indéniablement celui d’une vraie rousse, ses joues rosées, ses cils et ses sourcils roux ressortent pleinement dans la lumière du jour. Il faut ajouter que « The Golden Hour » est aussi le nom que l’on donne à la première et la dernière heure d’apparition du soleil, ce moment magique où tout semble baigner dans une lumière rousse…
La modèle qui pose, Marion Tattershall, a été souvent choisie par Alma-Tadema car elle lui rappelait sa seconde femme Laura, également peintre…et rousse. Cette toile constitue en quelque sorte un double hommage : le premier à son ami et maître disparu, et le second, plus discret mais aussi plus éblouissant, à son épouse. On comprend alors mieux la présence persistante de femmes rousses dans les toiles de l’artiste après sa rencontre avec elle. Fasciné par les rousses en l’étant par sa femme, ce tableau est une façon sûrement de nous montrer à quel point ces dernières valent de l’or.

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