Archive | Interviews RSS feed for this section

Interlude : interview de Stéphane Rose

1 Avr

Stéphane Rose, auteur du roman « Pourvu qu’elle soit rousse » m’a fait l’amitié de répondre à quelques questions concernant son livre et ce que représente la femme rousse pour lui.
Bonne lecture !

Comment résumerais-tu ton roman ?

Deux ans dans la vie d’un homme obsédé par les rousses, qui va enchaîner les rencontres avec des femmes rousses qu’il chasse sur Meetic, tout en cherchant à comprendre cette addiction, c’est-à-dire lui-même. Un truc à mi-chemin entre le road-movie pornographique et la quête introspective.

Peux-tu nous dire ce qui a motivé la rédaction de « Pourvu qu’elle soit rousse » ?

Il y a des moments dans la vie où on a besoin d’écrire. C’est très cliché de l’affirmer mais c’est vrai, et c’est comme ça que tout a commencé : le besoin de coucher sur le papier cette obsession qui me consumait, sans doute pour l’apprivoiser et reprendre le contrôle de moi-même. Ca a commencé par des notes éparses sur une manière de journal intime. Elles se sont accumulées. Jusqu’au jour où un ami m’a demandé : et pourquoi tu n’en ferais pas un livre ? Comme je suis l’homme de tous les défis, je l’ai relevé.

Tu décris finalement la « roussophilie » comme une pathologie ; est-ce qu’on en guérit ?

Je la définis comme une addiction et la considère donc comme toutes les addictions : une pathologie dont on ne guérit pas, mais dont la prise de conscience de ce qui la motive permet de vivre harmonieusement avec, voire d’en tirer profit sans se faire mal. Merci la psychanalyse !

Au-delà des caractéristiques physiques, qu’est-ce qui fait la différence d’une femme rousse ?

Une rousse est dès la naissance et chaque jour de sa vie soit encensée pour sa splendeur, soit (le plus souvent) raillée et montrée du doigt pour tous les clichés qu’elle véhicule. Elle en tire une personnalité d’acier, fière et guerrière. Le « tempérament de feu » qu’on prête aux rousses ne vient pas seulement du cuivre de leur chevelure, il est aussi la conséquence de ce regard particulier qu’a le vulgum pecus sur elles.

Est-ce que le goût des femmes rousses prend nécessairement racine dans l’inconscient collectif lié à leurs cheveux ?

Cheveux, peau blanche, odeur, je ne sais pas, en tout cas quelque chose de mystérieux, de surnaturel. Pour moi les rousses sont des aliens qui m’attirent quand les autres humaines, plus normales, m’ennuient. Le goût des rousses est associé à la promesse de passer un moment unique (et pas seulement sexuel) avec elles.

De l’expérience de tes rencontres, les rousses construisent-elles une partie de leur identité sur le folklore et les fantasmes ancestraux ?

Certaines véhiculent plus ou moins consciemment et ostensiblement ce folklore, d’autres pas du tout. Certaines jouent de leur rousseur, d’autres non. C’est comme cette fameuse odeur de rousse : certaines l’ont et d’autres pas. Pour les rousses comme pour tant d’autres choses, il faut bien se garder de généraliser, il y  a autant de rousses que d’individus. Beaucoup d’entre elles ignorent d’ailleurs tout du folklore et des fantasmes qu’on leur associe. Je n’ai en revanche JAMAIS rencontré une rousse qui aurait renoncé à sa couleur de cheveux. A défaut d’identité, il y a comme un narcissisme qui me parait commun à toutes les rousses.

Selon toi, que synthétise finalement la femme rousse dans le regard masculin ?

Les flammes de l’enfer, c’est-à-dire le stupre, la promesse de voluptés rares et interdites. Formulé différemment : un bon coup. Mais un bon coup un peu sportif. Pas gagné d’avance. Qui va demander de la confrontation, physique et mentale.

Quels sont les tableaux de rousses qui te parlent le plus et pourquoi ?

Les rousses de Khnopff, qui illustrent le plus le côté fantomatique et surnaturel de la rousseur. Les rousses de Klimt, qui dégoulinent d’orange au point que ça en devient sexuel. Les rousses préraphaélites en général, pour le paradoxe qu’elles véhiculent entre leur rousseur perpétuellement pure, immaculée, presque enfantine, et l’aura de stupre qui leur colle à la peau.

Pourvu qu'elle soit rousse, Editions l'Archipel, 2010

Plus d’infos sur le livre ici : http://stephanerose.com/?page_id=175

%d blogueurs aiment cette page :